Le mot d’Antonín Mokrý, président du CCBE

MokryAujourd’hui définit l’avenir des avocats. 

Les avocats sont témoins d’évolutions technologiques sans précédent dues à une combinaison de différents facteurs, dont l’augmentation de la quantité de données disponibles et le rôle que l’intelligence artificielle joue déjà dans notre vie quotidienne. Le développement d’applications judiciaires reposant sur l’intelligence artificielle et d’outils décisionnels automatisés utilisant des capacités d’apprentissage automatique est d’une importance capitale et mérite en soi un colloque. Compte tenu du rôle important des avocats dans l’accès à la justice, la défense de l’État de droit et la protection des valeurs démocratiques, ils ont la responsabilité particulière de contribuer à la conception de systèmes permettant de garantir la justice et offrant les protections nécessaires.

Tout comme en 2016, année du colloque « L’innovation et l’avenir de la profession d’avocat », le CCBE souhaite préparer les avocats à l’avenir. Les défis que pose l’intelligence artificielle en matière d’équité et de transparence des procédures judiciaires démontrent l’importance d’une réflexion approfondie sur le sens de l’intelligence artificielle pour les avocats ainsi que pour la société en général. Cette réalité comporte des défis pour le rôle des avocats, notamment quant à la manière dont ils peuvent continuer à assurer le traitement juste et équitable des citoyens dans leurs diverses interactions avec le système judiciaire. En outre, il est nécessaire de se pencher particulièrement sur la question de savoir comment vérifier au mieux la transparence et la proactivité du fonctionnement des processus automatisés.

Les avocats sont profondément et solidement ancrés dans les valeurs humaines et la nécessité d’assurer l’accessibilité, l’équité et l’égalité à l’égard du système judiciaire. Les obligations professionnelles et déontologiques, qui motivent les avocats et constituent les valeurs fondamentales de leur pratique, sont là pour protéger les citoyens. Le CCBE est particulièrement attaché à la promotion de ces valeurs et à la préservation des normes déontologiques pour servir au mieux les intérêts des citoyens.

Nous ne sommes qu’au début d’un processus fascinant mais à bien des égards exigeant. De nombreuses possibilités restent ouvertes, et de nombreuses voies peuvent être empruntées. Ce colloque vise à trouver des terrains et des objectifs communs concernant la manière dont les avocats devraient utiliser les applications d’intelligence artificielle et les outils décisionnels automatisés dans les services juridiques et les systèmes de justice afin de continuer à assurer leur contribution et leur rôle dans cet environnement en pleine évolution.

Votre voix compte, votre avis est entendu et sera valorisé. Merci de nous rejoindre à Lille et de participer à ce fantastique voyage !

Le mot de Thierry Wickers, chef de la délégation française et président du comité « Avenir de la profession et des services juridiques » du CCBE, avocat au barreau de Bordeaux

WickersIntelligence humaine et justice humaine. Ce couple est désormais remis en cause par les progrès d’une nouvelle forme d’intelligence. Celle-ci a déjà démontré sa capacité à rivaliser avec les humains, dans le domaine des transports, de la santé, des finances ou du jeu. Personne ne doute qu’elle sera utilisée dans le secteur de la justice. Elle y a même déjà pénétré.

L’évolution est si rapide que des plateformes qui proposent des services de justice artificielle, dotés d’une intelligence artificielle et gérés uniquement par elle, sont déjà accessibles.

Entre les deux extrêmes d’une justice qui ignorerait les possibilités de l’intelligence artificielle et d’une justice totalement déshumanisée - dans laquelle le juge (et l’avocat ?) seraient remplacés par des machines - se situe la justice de demain. Il reste à en dessiner plus précisément les contours.

Toutes les combinaisons sont encore aujourd’hui envisageables, mais il s’agira bien de combinaisons, car il est certain que demain, l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle seront associées dans le fonctionnement de la justice.

Ce moment particulier, qui se situe avant le basculement complet dans le monde nouveau, pendant lequel se font des choix qui décideront du meilleur futur possible, est celui que nous vivons aujourd’hui. Il sera extraordinairement bref. C’est maintenant qu’il faut déterminer les conditions du recours, au cours du processus judiciaire, aux outils de l’intelligence artificielle et les règles à appliquer pour en encadrer l’usage.

Les avocats ont une place essentielle à jouer dans cette réflexion parce qu’ils connaissent le prix et les enjeux d’une justice équitable, respectueuse de l’égalité des armes et des droits de la défense.

À Lille, nous vous invitons à imaginer la place à donner à l’intelligence artificielle, pour rendre la justice plus humaine, et non pas inhumaine.